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L'oiseau - fin août 2006

L'oiseau - fin août 2006

En attente et en ce sillage, toutes les images, propositions, sont déjà là, impatiemment. Le corps du peintre est à distance de tout ce qui est advenu et il pense qu'il n'est pas encore à cette hauteur. Il parcourt du regard l'étendue, de gauche à droite, de haut en bas, indécisions auxquelles il n'échappe pas et à un certain moment il pourrait croire qu'il a accès à toutes les promesses, autant de leurres.

L'oiseau, les ailes parallèles à l'horizon jaune vers lequel le corps pointe, alors que le ciel où le poète décèle son passage lui servira de toile. S'il gagne en force, ligne droite et colorée sur le tissu, il perdra en proximité. Il n'hésite pas à se faire croix, vue seulement transitoire, tellement sombre que le peintre le fera blanc, sur la bande bleue, un morceau de ciel. Il sera celui qui se retire, s'éloigne, le dessine imparfaitement à gros traits, alors qu'il s'enrage de ne pas, souverain, tout mener à son gré.

Il s'arrêtera devant la fenêtre, verra l'oiseau surgir, son vol zébrer l'espace, la verticalité dont il se souviendra devant la toile, reproduite, pensera-t-il, avec la noirceur du feutre et les passages de bas en haut répétés jusqu'à ce que le corps noir et les ailes soient prêts à l'envol. Il ne manquera plus que l'arbre à sa droite, branches entremêlées, bois sombre, et les feuilles dont le vert jurera sur cette platitude, une bande bleue en longueur, la couleur outremer étant ou mer ou ciel d'été, selon le regard. Il se détachera sans regret de cet ordre-là, symbolisé par ce triangle verbal : oiseau, branche, bleu, si fortement perdu, délaissé qu'il se tournera volontairement et avec la rage d'attirer vers la toile divisée en bandes parallèles des couleurs et dans chacune d'elles vont être inscrits des oiseaux. On pourrait dire que ces bandes sont autant de filets et que dans les intervalles les regards feront s'envoler et disparaître les oiseaux.

L'oiseau pris dans la vision du promeneur, rapidement hors de sa portée. Temps pour n'y rien écrire, jusqu'au moment où la toile à terre servira, se prêtera à la volonté de l'officiant. Invaincue, soumise à ses gestes, défaite par ses couleurs, prête à s'ouvrir à ses remontrances. Ils s'épient, se combattent, s'observent, séparés un temps jusqu'à ce que l'un y soit bravoure, l'autre complet, comblé, perdant, consentant. Il fallait avoir perdu devant la fenêtre l'oiseau pour qu'il soit sur la toile, retrouvé, plus désirable que jamais.

Fin août 2006

Georges Badin